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Maroc : ORNX signe l’accord foncier avec le gouvernement — deux ans d’études débouchent sur un hub ammoniac vert de 4,5 Mds$ à Laâyoune

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Le 5 février 2026, ORNX a signé à Rabat le Contrat Préliminaire de Réservation Foncière (CPRF) avec le gouvernement marocain — un accord foncier déterminant qui sécurise l’accès aux terrains nécessaires au développement de son premier projet d’ammoniac bas coût dans le sud du Maroc. Cette signature marque l’aboutissement d’un cycle d’études engagé dès fin 2023 : études de conception d’abord, études d’impact environnemental ensuite, qui ont permis de poser les bases techniques et réglementaires du projet avant d’entrer dans la phase contractuelle.

Ce parcours — études dès 2023, puis CPRF en 2026 — confirme qu’ORNX est l’un des projets les plus méthodiquement préparés parmi les cinq retenus dans le cadre de l’Offre Maroc hydrogène vert, et l’un des mieux positionnés pour tenir l’objectif de démarrage des travaux en 2026-2027.


La signature du CPRF : un jalon diplomatique et industriel

La signature du CPRF s’est tenue à Rabat lors d’une cérémonie présidée par le Chef du gouvernement marocain. ORNX y était représenté par ses deux directeurs généraux, Peter A. Gish et Pablo Pulpeiro. Le PDG de MASEN (l’Agence marocaine pour l’énergie durable) ainsi que le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis au Maroc étaient également présents — un signal fort du caractère stratégique et bilatéral de ce projet.


Cet accord de réservation foncière est la première étape contractuelle concrète entre ORNX et le gouvernement marocain depuis la sélection du consortium en mars 2025. Il traduit en engagements formels la vision portée par SM le Roi Mohammed VI de positionner le Maroc comme leader mondial de l’hydrogène vert, à travers l’Offre Maroc hydrogène vert.


Fondée en 2022, ORNX a été construite autour de la conviction que le Maroc offre un cadre unique pour développer une industrie hydrogène compétitive à l’échelle mondiale. La signature du CPRF reconnaît ce positionnement et ouvre la voie aux étapes suivantes du développement du projet.


ORNX dans l’Offre Maroc : un consortium transatlantique sur deux sites sahariens

L’Offre Maroc hydrogène vert est un dispositif de guichet unique mis en place par le gouvernement marocain pour attirer des investisseurs dans la production d’hydrogène et de ses dérivés à partir d’énergies renouvelables. Cinq investisseurs ont été retenus en mars 2025 à l’issue d’un processus compétitif. ORNX en fait partie, avec deux sites dans les provinces du sud.


Le consortium regroupe trois partenaires complémentaires : Ortus (États-Unis), qui pilote la stratégie et l’accès aux marchés nord-américains ; Acciona (Espagne), dont l’expertise en développement d’EnR à grande échelle en Afrique du Nord est éprouvée ; et Nordex (Allemagne), fabricant d’éoliennes qui sécurise l’approvisionnement en équipements.

Les deux sites retenus — Laâyoune et Boujdour — bénéficient d’un régime de vent parmi les plus stables du continent, avec des facteurs de charge éoliens supérieurs à 50 %. L’ensoleillement y est exceptionnel, permettant une combinaison solaire-éolien complémentaire qui maximise les heures de production et améliore la compétitivité du coût de l’hydrogène produit.


Le site de Laâyoune : 2 GW d’EnR, 900 MW d’électrolyse, port d’exportation

Le projet de Laâyoune est le premier développé par ORNX et l’objet du CPRF signé en février. Il comprend 2 GW de capacité en énergies renouvelables (solaire et éolien), un électrolyseur de 900 MW, une unité de dessalement d’eau de mer pour l’alimentation en eau de procédé, et une infrastructure de liquéfaction et de stockage connectée au port atlantique de Laâyoune.


La production attendue est de 100 000 tonnes d’hydrogène vert par an, converties en 560 000 tonnes d’ammoniac vert. Cet ammoniac sera exporté vers les marchés européens et nord-américains via le port de Laâyoune, qui fait l’objet d’un programme d’extension de ses capacités de manutention de produits chimiques.


L’investissement total est estimé à 4,5 milliards de dollars, couvrant l’ensemble de la chaîne : génération EnR, électrolyse, dessalement, liquéfaction, stockage et infrastructure portuaire dédiée. Ce montant fait du projet Laâyoune l’un des plus importants annoncés sur le continent africain dans le secteur de l’hydrogène vert.


Le site de Boujdour : 1,8 GW, phase d’expansion vers Dakhla

Le site de Boujdour, situé à environ 200 kilomètres au sud de Laâyoune, constitue la seconde plateforme de production d’ORNX. Sa capacité EnR est de 1,8 GW en première phase, avec une production attendue de 100 000 tonnes d’hydrogène par an et 600 000 tonnes d’ammoniac.


Le terrain couvre 145 333 hectares. L’investissement est estimé à 73,5 milliards de dirhams (environ 7,5 milliards de dollars), ce qui en fait un projet encore plus large que Laâyoune à terme. ORNX envisage une expansion vers Dakhla dans une phase ultérieure, pour constituer une plateforme régionale couvrant tout le corridor atlantique du Sahara marocain.


La logistique d’exportation repose sur le port de Boujdour, dont les capacités devront être adaptées pour accueillir les volumes d’ammoniac prévus. Des travaux de modernisation portuaire sont intégrés au périmètre des études en cours.


Études lancées dès 2023 : de la conception à l’accord foncier

ORNX n’a pas attendu la sélection officielle dans l’Offre Maroc pour avancer sur le plan technique. Dès fin 2023, le consortium avait enclenché la phase d’études de conception sur le site de Boujdour, selon Le Matin (décembre 2023), avec un travail de fond sur le dimensionnement des capacités, les choix technologiques et la logistique d’exportation. La phase d’études d’impact environnemental a suivi, couvrant les deux sites de Laâyoune et Boujdour.


Ce cycle d’études préalables — encadré au Maroc par la loi n°12-03 sur les études d’impact — constitue le prérequis réglementaire pour obtenir les autorisations de construction. Pour des projets de cette dimension (plusieurs milliers d’hectares de parcs éoliens et solaires, une unité chimique industrielle, une infrastructure portuaire), les études couvrent les impacts sur les écosystèmes côtiers et désertiques, les couloirs de migration avifaune, les activités de pêche et les communautés locales.


C’est précisément ce travail de préparation mené sur deux ans qui a rendu possible la signature du CPRF en février 2026 : ORNX est arrivé à la table des négociations avec un dossier technique solide, ce qui distingue ce projet de concurrents encore en phase d’idéation. Le démarrage des travaux est désormais prévu pour 2026-2027, avec une première phase de production entre 2028 et 2029.


Enjeux techniques : choix de l’électrolyse et gestion de l’eau

Le choix de la technologie d’électrolyse reste ouvert. La technologie PEM (Proton Exchange Membrane) offre une meilleure flexibilité face aux variations de la production EnR, un avantage pour des profils combinant solaire et éolien. La technologie alcaline est plus mature et présente des coûts d’investissement généralement inférieurs à grande échelle. ORNX maintient les deux options en compétition en attendant les résultats des études de conception détaillée et les conditions de financement définies avec les prêteurs.


La gestion de l’eau de procédé constitue un autre défi structurant. L’électrolyse requiert environ 9 litres d’eau purifiée par kilogramme d’hydrogène produit. Sur 100 000 tonnes annuelles à Laâyoune, cela représente environ 900 000 m³/an — l’équivalent d’une unité de dessalement de taille industrielle. ORNX a intégré cette contrainte dès la conception, avec une unité alimentée par les EnR du complexe.


Ce projet dans l’ambition marocaine : 4 % de la demande mondiale d’hydrogène vert

Le Maroc s’est fixé l’objectif de capter 4 % de la demande mondiale d’hydrogène vert d’ici 2030, selon le plan national H2 piloté par le ministère de la Transition énergétique. Cet objectif représente environ 4 millions de tonnes par an dans les scénarios de l’IEA pour 2030.


Les cinq projets de l’Offre Maroc totalisent plusieurs millions de tonnes de capacité annuelle potentielle — à condition que les études soient finalisées, les financements structurés et les travaux lancés dans les délais. Avec deux ans d’études derrière lui et un CPRF signé, ORNX est aujourd’hui l’un des projets les mieux positionnés pour tenir ce calendrier.


Le Sahara marocain concentre les ressources les plus compétitives du pays : facteurs de charge combinés solaire-éolien dépassant régulièrement 60 % dans les provinces du sud, parmi les plus élevés au monde pour cette combinaison. C’est cette compétitivité des coûts de production EnR qui rend crédible l’objectif d’un ammoniac marocain bas coût sur les marchés export.

Rédaction : Bertrand GUERI